Rivalités entre « Tariqas »?
- 10. Jan. 2021
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Au Sénégal, l´Islam a surtout été propagé par les différentes Tariqas, qui aussi jouent un rôle important dans la cohésion sociale. Les principales Tariqas, que l´on y retrouve, sont : la Qadiriya, la Tijâniiyah, le Mouridisme et celle des Layènes.Dans chacune de ces confréries, on y note un nombre important de fidèles, qui s´identifie beaucoup avec une de ces confréries. Personne ne peut dès lors nier l´importance et l´impact de celles-ci dans la vie sociétale. Cependant, on note aussi de plus en plus une rivalité exercée, surtout dans les médias, entre ces différentes Tariqas.
Dans un réseau social comme twitter se tiennent souvent des clavardages très violents sur des sujets d´ordre confrérique. Personne ne peut nier la nouveauté et l´ampleur qu´a pris ce phénomène. C’est un sujet très sensible, mais à mon avis, qui mérite aussi d´être analyser. Nul ne peut remettre en question la sincère intention des différents fondateurs de ces confréries, qui n´avaient pour but que de façonner un bon musulman. Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur de la confrérie mouride, dit dans « MasaalikulJinaan » : « Chaque ‘wird’ conduit le pratiquant vers l’enceinte scellé d’ALLAH sans déviation. Peu importe que ce ‘wird’ vienne d’AL JÎLANÎ, de AHMAD AL TÎJÂNÎ ou d’un autre parmi les ‘qutbs’ (pôles) qu’ALLAH soit satisfait d’eux. Car ils sont tous dans la bonne direction ». Il est donc évident qu´à cette époque, du moins dans la forme dont elle est actuellement exprimée, on ne pouvait pas parler de rivalité. Mais qu´est-ce qui explique alors cette nouvelle tendance.
Il faut d´abord noter qu’au fil du temps, la sociologie de ces différentes tariqas a changé dans le fond comme dans la forme. Par le premier je fais surtout allusion à la perception et la compréhension des premiers disciples qui ont eu à intégrer ces confréries. Sur la forme aussi beaucoup de choses ont changé, comme le nombre accroissant d´adeptes et leurs différentes façons d´exprimée cette vie religieuse. Pour illustrer l´exemple sur un changement dans le fond, lequel a surement impacté la perception des gens, on peut citer Serigne Mbacké Bousso. Ce dernier fut un disciple de Serigne Touba (fondateur du mouridisme) mais aussi un ami proche du grand érudit El Hadj Malick Sy (l´un des Kalifa de la Tiijâniyah au Sénégal). Serigne Bassirou Mbacké rapporte ces témoignages de ce dernier dans « les bienfaits de l´éternel » : « Si l’authenticité du cas d’Ahmadou Bamba n’était étayée que par la présence parmi ses disciples du maître érudit et très scrupuleux qu’est Mbacké BOUSSO, à qui rien des aspects de son cas ne peut échapper, et mon expérience relative à son savoir, à sa religiosité, à son équité et ses bons conseils religieux, cela suffirait en guise de bon témoignage ». Ceci est seulement un échantillon pour montrer la qualité des premiers disciples, qui croyaient sincèrement à la fraternité musulmane. Il est ici nécessaire de préciser qu´une confrérie correspond à la dernière dimension de la religion (dans sa globalité) qu´est l´Ihsaan (état de piété). Il est alors important, avant d´adhérer une quelconque tariqa dans le but de se purifier et d´établir une relation verticale avec Dieu, d´abord d´appréhender les deux premières dimensions de la religion que sont Islam (dans sa forme et ses prescriptions) et Iman (la foi).
Malheureusement, cette mutation sociologique des Tariqas, surtout avec leur augmentation en nombre, à forcément impacter sur le fond que l´on a cité un peu plus en haut. Aujourd´hui, beaucoup de gens adhèrent aux tariqas (Ihsaan) sans pour autant connaitre ou bien maitriser les autres dimensions (Islam, Iman) de la religion. Dès lors, la perception de ces gens, en comparaison avec les premiers disciples que l´on a déjà évoqué sur même la nature vraie d´une confrérie, diffère dans le sens ou leur appartenance confrérique prime sur toutes autres catégories religieuses. Et c´est à partir de là que s´opèrent les rivalités confrériques.
Le savoir que l´on peut avoir sur toutes les dimensions de la religion joue un rôle important sur comment on se voit et comment on se catégorise entre nous même : se voit-on comme de vrais musulmans ? ou bien on se voit comme des gens avec différentes appartenances confrériques ? C´est surtout la prédominance de cette dernière qui a causé ces rivalités entre tariqas. Ceci peut s´opérer d´un point de vue sociologique sur différents degrés. On va en citer quelques ici pour élucider nos propos.
Dans un premier degré, on a une pratique de la distinction et une catégorisation entre confréries. Il suffit souvent de voir une personne avec son habillement, ou bien de l´entendre parler pour savoir à quelle confrérie elle appartient : mourides, tiijaans, layenes etc. Ces catégories parviennent à instaurer une sorte de ségrégation mentale et ainsi l´effet d´une distinction est augmentée avec celles-ci. À ce stade, il faut souligner qu'avec l'affiliation catégorique, des propriétés implicites sont attribuées aux différentes catégories. Ainsi, il peut s´en suivre des stéréotypes que l´on rattache à ces dernières : les mourides sont des fanatiques ; Dans un gamou (évènement religieux) tiijaan, celui qui ne cotise pas, ne va pas manger etc.
Mais on peut dire que cette distinction entre catégories peut avoir un aspect anodin jusqu´a ce que s´en suive une dévaluation d´un des parties. On peut parler dès lors d'asymétries manifestes lorsque les distinctions sont liées à des évaluations et que la catégorie altérée est considérée comme inferieure. Ceci s´aperçoit surtout chez les nouveaux prédicateurs, qui, souvent pour parler de leur marabout, les comparent avec d´autres tout en en appliquant une différenciation asymétrique. Ainsi d´autres vont répliquer, souvent dans la même logique, pour contrecarrer cette altérité qui s´effectue en l´encontre de leur marabout/tariqa. On pourrait aussi citer d´autres degrés de cette distinction qui s´effectuent entre les différents adeptes des tariqas comme la polarisation, ou bien une éventuelle formation de limites entres eux. Mais ça serait très long de tous les développer ici.
Même si ce sujet est très sensible, il faut en parler et surtout essayer de rétablir une culture du respect de son prochain, afin de préserver d´avantage la cohésion sociale.
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