Macky vs Sonko
- 19. Juni 2023
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Nul ne peut nier le fait que la situation politico-sociale du pays est très tendue. Le débat objectif devient de plus en plus rare, la violence verbale comme physique ne choquent plus, les libertés sont bafouées, les prisons sont remplies. Le système social est devenu très fragile au Sénégal. Mais comment en est on arrivé a ce stade ?
Si on décrit seulement les faits actuels de cette « crise », on ne saurait cerner la complexité du problème. Mais si on pose la problématique de façon simple, on pourrait seulement dire que Macky Sall a voulu liquider un adversaire politique et le peuple s’y est opposé. Cependant, essayons d’approfondir le sujet.
Pour rendre l’analyse beaucoup plus objective parlons donc de systèmes : d’un côté on a un système politique déjà en place incarné actuellement par Macky, et d’un autre côté on a un « révolutionnaire » qui remet en question ce système. Tous les deux sont les symboles d’une pensée, d’un régime politique, d’une maniére de procéder, mais surtout d’une culture politique en évolution.
Le système politique sénégalais n’a pas en réalité changé depuis le premier Président Senghor. Macky a hérité d’un régime « super-présidentialiste » avec lequel il a quasi tout le pouvoir.
La république du Sénégal est née avec l’avènementde la communauté en 1958 et a accédé a la « souveraineté » en 1960. Dans un contexte particulier avec les événements de Décembre 1962 Senghor avait prétexté une tentative de coup d’État de la part Mamadou Dia pour apporter des mutations de fond et consolider le pouvoir a sa guise. Il est donc évident que cette république du Sénégal, contrairement a la république française, n’est pas sénégalaise dans le sens où les institutions n’émanent pas des réalités sénégalaises. En sociologie on trouve l’origine mème des institutions dans l´accoutumance d’un ordre social. Cela veut dire, des actions souvent répétées créent un modèle, qui avec le temps devient un standard dans un groupe. Avec l’exemple de la révolution française on peut facilement illustrer nos propos que le système politique doit être une représentation réelle de la culture politique. Avec Senghor qui a fait une copie-coller de la constitution française, on peut alors aisément affirmer qu' il n'existe pas une congruence entre le système politique sénégalais et la culture politique sénégalaise. Il faut noter que celle-ci englobe les mentalités, normes, valeurs, croyances, etc. et façonne le comportement d’un groupe.
Senghor lui-même a hérité du pouvoir dans un contexte qui lui a été favorable. Avec la colonisation l’autorité étatique était beaucoup plus féroce et les gens avaient peur de s’opposer. C’est ainsi qu'il pouvait emprisonner Mamadou Dia ou bien dissoudre le parti de Cheikh Anta Diop sans qu’il ait une contestation de la masse. À cela s’ajoutait les confréries qui avaient une influence incontestable sur les populations au point qu’ils ne s'immisçaient pas dans les affaires politiques. Ces paroles de Cheikh Moussa Ka peuventen témoigner :
Dumab Senoor Sàkkaa di waayi Laamiin // je ne suis pasSenghor, ni l´ami de Lamine (Gueye)
Bàmbaa ma nor, Allaaji Fàllu laa min // C’est Bambaaqui m’intéresse et je fréquente Allaji Fallu kartu xol joxnaa koSeydi Bàmba // La carte de mon cœur je l’ai donné a Seydi Bàmba
Man faruma'ak masàmba mbaa mademba // je suis ni pourl’un, ni pour l’autre
Mais au fil temps la culture politique du pays a beaucoupchangé. Au début de l’indépendance l’élite politique était pratiquement pas contesté, parce que qu’il y avait un minime groupe qui comprenait l’appareil étatique et entretenait le mythe de l’homme d’ État instruit. C’est surtout avec l’avènement d’internet notamment des réseaux sociaux qu’on a assisté a un changement de paradigme flagrant. On peut mème parler de démystification de ces hommes politiques. La politique n’est plus seulement une affaire réservée a un groupe de politiciens, mais toutes les tranches de la société (marabouts, ouvriers, enseignants, médecins, etc.) s’yintéressent. C’est dans ce contexte, ou le système politique est déjà très remis en question, qu'Ousmane Sonko est arrivé dans la scène politique pour proposer un projet politique qui va surtout en l’encontre du « ancien système ». Mais ce qui est plus intéressant, c'est l'impact de ce projet sur les populations. L'idée a été épousée d'une façon jamais vue dans l'histoire politique du Sénégal. Et c'est cette force en réalité qui fait face au régime.
Le sociologue Lewis Coser définit le conflit social comme une lutte pour des revendications de valeurs ou de statut, pour le pouvoir et des ressources rares, dans lesquelles les objectifs des partis en litige se réfèrent non seulement à la réalisation de valeurs, mais également à la neutralisation, à la violation ou à l'élimination de leurs rivaux.
Dans cette définition, on peut saisir différents niveaux d’un conflit social. Il peut s’agir de différences de structures, d’identification ou de valeurs. Mais il faut surtout retenir que chaque parti essaye de préserver ses valeurs, intérêts, privilèges et idées. C'est comme ça qu'on en est arrivé là!
Baay Lahat
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