Quelle place pour le féminisme dans la société sénégalaise?
- 22. Feb. 2021
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"Jigéen juy góor-góorlu, mook jaasi juy semmiñ-semmiñlu ñoo yem, damm rekk !" - Sëriñ Maalik Baasin Si
La femme : l'Etre à caractères sibyllins du fait de sa nature qui lui procure un statut de réceptacle du Secret Divin permettant la continuité de la vie dans la sphère terrestre. Cet Être se distingue de l'ingéniosité de la créativité divine incarnant deux Attributs aux marques célestes : la Beauté et la Douceur qui embellissent respectivement son corps et âme. Et cette nature intrinsèque à son existence adjuge à tous les éléments de son atmosphère la joie de vivre. Et ceci met en relief un aperçu de son rôle décisif dans la vie. Et pour que les performances attendues de sa fonction soient au rendez-vous, on doit lui reconnaitre tous les droits liés à son statut.
Il est d´une importance capitale pour toute société de toujours observer son évolution, ses changements afin de pouvoir analyser les phénomènes qui en découlent. Ceux-ci peuvent particulièrement être observés dans les périodes de « crise », où les différences sont exprimées de façon acérée. L´actualité au Sénégal, c´est « l´affaire Sonko ». Celle-ci peut être analysée sous plusieurs perspectives : on pourrait s´interroger sur notre Démocratie, notre Justice, notre culture politique mais aussi sur la place la femme dans cette société sénégalaise. Ces dernières années, on observe de plus en plus des mouvements féministes participés au débat public pour défendre la cause de la gent féminine. Avec cette « affaire Sonko » et notamment le traitement qu´a eu A.S., on entend souvent parler de « misogynie » ou même de « culture du viol ». Mais même si le « féminisme » réclame un combat pour défendre la femme, il reste un concept importé et il est nécessaire de faire preuve de subtilité dans le traitement de certaines questions qui semblent exotériquement être une religion à la saveur extinctives réclamant des statuts au noms des droits de la femme qui défigurent complètement le rôle prépondérant de cette magnifique créature en âme et en corps. Mais pour analyser ce concept il faut d´abord le définir, expliquer son contexte historique et ensuite le confronter avec nos valeurs.
Le terme féminisme s‘est surtout propagé qu‘à la fin du 19e siècle. A partir de 1968, il est devenu le principe directeur de la vague internationale de nouveaux mouvements de femmes. Il est important de noter qu‘il y‘a différents types de féminisme mais les préoccupations fondamentales de toutes les tendances féministes sont l’autodétermination, la liberté et l’égalité pour tous (dans la vie publique comme dans la vie personnelle). Mais pour comparer et comprendre les différences entre les féministes, il faut se poser certaines questions : d’abord quelle image ou compréhension du genre est représentée (dimension de genre), l’égalité universelle entre les femmes et les hommes est-elle soulignée ? ou le genre est-il principalement compris et façonné comme culturellement construit ? Cependant, les féministes montrent souvent des mélanges entre ces images de genre. Ensuite quelle image de la société existante et des problèmes qui y sont associés est prise comme base (dimension sociétale) ? Et en fin quelles autres inégalités liées au genre telles que par « classe », « race », « ethnicité », « sexe » etc. sont considérés comme pertinents (intersectionnalité). Ainsi pour parler de féminisme il faut alors tenir en compte sa dimension de genre, sociétale et intersectionnelle. De ce fait on peut avoir différents types de féminismes : le féminisme libéral, le féminisme différentiel, féminisme conservateur, même l‘écoféminisme existe etc. Le féminisme libéral fait une critique de l’inégalité entre les sexes et lutte pour l’égalité quel que soit le sexe. Les questions essentielles traitées sont l’anti-discrimination, l’égalité professionnelle et la compatibilité entre la famille et le travail des parents (cadre structurel). Le féminisme différentiel considère le patriarcat comme un système de domination masculine sur les femmes ‘subalternes’ et plus jeunes. Par une « politique sexuelle », les hommes maintiennent le contrôle de la sexualité féminine et de la violence contre les femmes. Ce féminisme met l’accent sur la différence de genre et s’appuie sur la solidarité et la résistance féminine. Le féminisme conservateur est également davantage basé sur la différence entre les sexes. Contrairement au dernier, il ne catégorise pas les femmes avant tout comme des mères et des femmes au foyer, mais s‘engage pour l’égalité des chances au travail (média, politique...). Il y‘a énormément de types de féminisme et ils ont connu plusieurs recompositions et mutations au fil du temps que l´on ne peut pas tous les traiter ici (cf. Varikas, Eleni; Fougeyrollas, Dominique Dans Cahiers du Genre 2006/3 HS n° 1, pages 7 à 15). Mais ce qu‘il faut retenir, c‘est qu‘ils forment des approches diverses de la critique du genre et même de la société (à des dimensions différentes). Néanmoins pour mieux appréhender ce qu´est le féminisme, il faudrait revenir sur son contexte historique.
Ces différentes dimensions citées correspondent respectivement aux trois vagues du mouvement féministe qui se sont produites dans des contextes différents. Les premières idées du féminisme européen se trouvent dans les écrits de Marie Le Jars de Gournay, qui a proclamé les droits de l'homme dès le 17e siècle. Mais les écrits de Christine de Pizan, Olympe de Gouges, Mary Wollstonecraft, Hedwig Dohm sont également considérés comme les premières œuvres de la philosophie féministe européenne avant la lettre : « La femme a le droit de monter sur l ’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune » Olympe de Gouges : Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne. La première vague a donc émergé dans un contexte de patriarcat, où les femmes avaient clairement des libertés restreintes. Les principaux objectifs de la première vague étaient les suivants : Droit à un emploi rémunérer ; Droit à l'éducation, voir les études des femmes ; Droit à une action politique active et passive ; une société sur une nouvelle base morale. La deuxième a commencé dans les années soixante / soixante-dix avec la thèse que les femmes, au-delà de la biologie, ont quelque chose en commun, à savoir une histoire violente de dommages et d'exclusion qui les marginalise, les définit comme des personnes inférieures, exclue et exposée au quotidien à la violence. Ceci s´est déroulé surtout dans un contexte de discrimination des femmes, où elles venaient à peine d´intégrer le milieu du travail en masse. Il faut noter qu´en Europe, jusqu´à la fin de la deuxième guerre mondiale, on avait une structure familiale « traditionnelle », où les femmes s´occupaient des tâches ménagères et les hommes allaient travailler. C´est la révolution industrielle et le développement des secteurs secondaires et tertiaires qui ont permis d´intégrer tardivement les femmes dans le milieu du travail. Mais ce milieu professionnel a longtemps été dominé et façonné par des hommes. Ainsi les structures étaient plus propices à ces derniers. La dernière vague s´est développé à partir de la critique des femmes noires aux États-Unis et en Europe qui ont critiqué le racisme dans la société et aussi dans les mouvements de femmes. Pour la première fois, ils ont discuté de l'oppression fondée sur l'origine ethnique, la classe et le sexe (LGBT). En résumé, c´est dans ce contexte occidental que le féminisme s´est établit. Ainsi on peut se demander si on peut transposer ce concept au Sénégal.
En fait, en parlant de l'Afrique, notamment le pays de la Teraanga, le féminisme au sens typiquement occidental va à l'encontre de nos réalités historiques, anthropologiques et sociales. Car la femme a toujours tenu le haut du pavé sous nos cieux, étant donné qu'elle n'a jamais été exclue des instances de décisions. Nous en trouvons l'illustration dans des figures féminines historiques et politiques, telles que Lingueer Faatim Yaama Xuryaay, l'instigatrice de la révolte face à l'assaut des troupes de Ould Omar Mohtaar, (le fameux Talaatay Ndeer le 07 mars 1820 à Waalo), son bras droit Mbarka Ja, la grande oratrice, qui motivait les femmes de Talaatay Nder avec un brave discours, les deux filles de Lingueer Faatim Yaama: Njëbët Mbooj, et Ndaté Yalla Mbooj, la souveraine de Waalo de 1846 à 1860, fut la première reine qui a tenu tête aux colonisateurs, Aline Situé Jaata, Reine du Kabrousse de 1920 à 1944. Et tout cela veut dire que nos institutions et nos traditions accordaient des pouvoirs politiques aux femmes contrairement aux sociétés patriarcales qui se débattaient sur l'humanité du genre féminin jusqu'au 19e siècle, en l'occurrence l'Occident. Alors, en Afrique, nous n'attendons pas jusqu'au 19 mars 1911 (aux États-Unis) pour revendiquer les droits de vote des femmes ou au travail, ni en 1977 (à l'ONU) pour déclarer la Journée Internationale des Femmes, dans le but de revendiquer leurs droits.
Le Sénégal est aussi avant tout un pays majoritaire constitué de musulmans. L‘Islam intervient non seulement dans toutes les dimensions de la vie du/de la musulman(e), mais il établit aussi les règles et normes à suivre. Dans la dimension du genre, l‘Islam attribue des rôles différents à l‘homme et à la femme (par exemple dans les actes rituels, le mariage etc.). Cette attribution de différents rôles n‘est pas une inégalité entre genres, mais elle est plutôt structurelle et fonctionnelle. Il faut noter que l‘Islam en opposition au féminisme radical, prône plus pour la famille. Ceci se traduit dès lors dans la dimension sociétale. L‘Islam réglemente surtout sa société pour être en cohérence avec les valeurs prônées. Cette répartition des rôles peut extérieurement être perçue comme une domination des hommes, mais cela témoignerait d´une ignorance de nos paradigmes religieux-culturels. Cette relation entre genres n´est pas perçue chez nous comme une confrontation, mais elle est d´abord verticale (loi divine). Les femmes musulmanes par exemple ne se voilent pas parce que c´est une volonté des hommes, mais c´est une recommandation divine qu´elles acceptent. Si les valeurs prônées chez les occidentaux sont la liberté, la parité dans toutes les dimensions, la transcendance des genres, il n'en est pas ainsi chez nous. Cette idée du rapport vertical entre homme et femme (dans le couple) a été exprimée par Cheikh Ahmadou dans une lettre qu´il adressa à une des disciples du nom de Sokhna Penda Diop : « Je te recommande de pratiquer la patience et de persévérer dans la Crainte de ton Seigneur, en public et en privé ; ainsi obtiendras tu le Pardon de Dieu. Repens-toi constamment en Dieu et persévère à toujours faire le bien ; ne te détourne donc jamais vers autre chose que la droiture. Sois toujours humble et modeste, agis toujours dans la discrétion et évite d’élever ta voix en parlant ; ainsi obtiendras-tu la Satisfaction Divine […] Ne conçois jamais l’idée d’adorer ton Seigneur tout en refusant de te conformer aux recommandations de ton époux qui craint Dieu. Car, pour une femme, le Combat sur la Voie de Dieu consiste à se conformer aux directives de son mari. Ainsi, à chaque fois qu´un époux se montre satisfait du comportement de sa femme, le Seigneur se montrera également Satisfait de celle-ci et lui accordera des Faveurs et des Dons ».
En résumé le féminisme est un concept récent et s‘est développé dans des contextes particuliers d’inégalités qui sont autres que les nôtres. Néanmoins, il mène d´un côté des combats nobles comme la lutte contre les violences faites aux femmes, l´inégalité dans le milieu du travail etc. D´un autre côté, il prône aussi des valeurs qui ne sont pas les nôtres. La dernière vague avec les mouvements LGBT en ai une parfaite illustration.
@ Baay Lahat
@ Seexunaa Njaay
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