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Etes-vous choqués?

  • 15. Dez. 2020
  • 4 Min. Lesezeit

Je ne sais pas si je dois être choqué par les propos de cet animateur, qui se compare à un singe, ou bien du fait qu´il n´est pas conscient de la gravité des ses propos. Mais dans cette réflexion que nous allons faire, il ne s´agira surtout pas de nous attarder à faire des critiques à l'encontre de cette personne, mais plutôt à faire une analyse plus globale de ce phénomène qui est tout simplement ‘un complexe d´infériorité’. Avec l'exemple du livre « le Baobab Fou » de Ken Bugul, nous allons essayer d'appréhender ce thème.

Faisons d'abord un bref rappel historique. Le premier navire portugais a atteint les côtes du Sénégal en 1444 avec le début de la traite des esclaves. À partir du 16ème siècle s'en sont suivis les Hollandais, les Français et les Britanniques. Il faut noter qu´auparavant le Sénégal était sous l´influence des royaumes du Ghana et du Mali (13.-14e siècles). Le pays s'est étendu avec le royaume fondé par Njaajaan Njaay et se détacha ainsi du royaume du Ghana et du Mali. Cependant, ce royaume n'a existé que jusqu'en 1550, car il s'est effondré avec l'arrivée des Européens. En 1879, la France a commencé son expansion coloniale à partir du Sénégal allant jusqu'en Afrique occidentale/centrale. À la fin du 19e siècle, le pays était entièrement sous contrôle français.


Avec le colonialisme, l’Afrique a subi d´énormes bouleversements surtout du point de vue culturel/identitaire. La colonisation est caractérisée par un rapport de domination qui inclut à la fois plusieurs aspects (violence physique, épistémologique, militaire et idéologique). Mais un fait marquant est que ce processus de colonisation fut accompagné d´un discours de légitimation. Il s’agirait pour les colonisateurs d´une « mission civilisatrice ». Une idée développée en Europe car se considérant comme seul continent civilisé et qui aurait comme devoir de « civiliser » les populations non-européennes considérées comme « sauvages ».


La colonisation a été fatale pour l´Afrique. Ceci peut facilement se voir avec « le Baobab Fou ». Ce livre est une biographie et raconte la vie d'une jeune fille qui a vécu à la fois l'époque coloniale et postcoloniale. Le livre reflète le processus complexe de la manière dont la colonisation a influencé et changé le mode de vie des colonisés (cf. L'Enfant noir de Camara Laye, L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, Discours sur le colonialisme d´Aimé Cesaire).

Ken Bugul utilise le mot « baobab » comme une métaphore qui représente sa propre culture. En quoi alors ce baobab est fou ? Avant l´arrivée des Européens, ces pays colonisés avaient des systèmes politiques et sociaux différents et qui étaient adéquats à leur mode de vie. La plupart des formes d'organisation qui n'étaient régies que par une division du travail ont été converties en groupes ethniques par le pouvoir colonial. Les Bambaras, par exemple, qui sont maintenant considérés comme un groupe ethnique, étaient à l'époque précoloniale des groupes socioprofessionnels. Cette conception de « folie » signifie seulement ce chamboulement de notre culture, que nous même nous percevons différemment avec le temps. Ceci est ainsi décrit par Cheikh Hamidou Kane dans L'aventure ambiguë : « L ́homme était sanglé dans une vieille redingote, sous laquelle le moindre des gestes qu'il faisait révélait portait les habits des Diallobé(…) les yeux qu ́habitait inquiétude de tous les instants (…) La versatilité du regard ensuite, jamais arrêté dont les expressions étaient réduites à peines nées, faisaient douter de cet homme put seulement contenir une pensée lucide ». Dans cette représentation on peut s'apercevoir que ce vieux fou désigne notre propre culture. Mais ce qui devrait plus nous interroger c´est la perception que nous avons nous même de ce vieux : comme un « fou ». Pourquoi même ?


L'un des plus grands facteurs d'aliénation a été l'école française. Avec l'exemple de Ken Bugul qui avait vécu une enfance difficile, l’école française a été davantage une nouvelle possibilité d'identification. D´ailleurs très souvent dans son roman elle décrit les « gallois » comme ses propres ancêtres. Le but principal de l'école française était surtout de promouvoir les valeurs et la culture européennes. Cela a bien été réussie par le colonisateur. Ken dit elle-même dans son livre que c´est avec l´école française qu´elle commença à délaisser sa propre culture pour adopter de plus en plus les valeurs inculquées par le colonisateur. Il faut noter qu' à l'école, les Noirs sont représentés de telle manière que leur culture semble inférieure. Ken Bugul le décrit en ces termes « Dans les manuels scolaires que j’ai eus, le Noir était toujours ridiculisé, avili, écrasé : ‘Toto a bu du dulo, Toto est malade, Toto a la diarrhée, Toto pleure’ ou les Noirs étaient mis les uns contre les autres : ‘Toto tape Pathé, Pathé tape Toto’. On les représentait à l’encre de Chine la plus opaque et ils étaient laids et sans lumières. A eux les bêtises, les sottises, les maladresses, comme dans Marietou, Sabitou et le Chien. Marietou et Sabitou rentrent du marché, s’engueulent en cours de route et le chien intervient en mangeant la viande qu’elles avaient achetée ».


La colonisation a laissé en nous un complexe d´infériorité inouïe. Une personne civilisée de bonne manière on dira d'elle « da fa tubaabe » ou bien on verra une personne se vanter avec ces propos : « sama wolof leerul » (alors qu'elle devrait avoir honte de dire ça). Est-ce qu'on se rend même compte de la gravité de tout ça ?

 
 
 

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