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Covid et évènements religieux

  • 17. Dez. 2020
  • 3 Min. Lesezeit

Comme très souvent dans les débats posés au Sénégal, on les polarise d´emblée : soit c´est blanc ou noir. La question aujourd’hui sur l´annulation ou pas des évènements religieux est juste mal posée. Mais au-delà même de ce discours public sur le sujet, il est important de faire une analyse beaucoup plus profonde de la chose.

En ce contexte d´épidémie, il est clair et logique que le risque de contamination et de propagation du virus s´élève avec les rassemblements. Le Covid-19 se transmet par la salive, les gouttelettes dues à la toux ou aux éternuements, par contacts rapprochés avec des malades comme des poignées de main ou des embrassades et par contact avec des surfaces contaminées. Il y a aussi des cas de porteurs sains qui ont été détectés et qui pourraient compliquer la situation pour limiter la propagation du virus. Donc mettre en exergue l´annulation d´un seul évènement (Magal Kazu Rajab), car un cas du Covid-19 a été répertorier à Touba, c´est pas pertinent. L´annulation des événements publics ou même l´interdiction des rassemblements en général doivent juste être systématiques.

Mais le débat ouvre des perspectives d´analyses très intéressantes. Pour le situer je veux citer (indirectement) deux tweets (questionnement), énumérer des angles de discussions, pour ensuite analyser une de ces questions.

Le 1er : Même la Mecque a annulé le Oumra, pourquoi devrait-on pas annulé le kazu Rajab ?

Le 2eme : Etes-vous mourides ou Sénégalais ?

Ces deux questions peuvent sembler simples, mais impliquent des paramètres sociétaux très complexes : les Mourides sont-ils des fanatiques ? Le mouridisme est-il souvent visé, si oui pourquoi ? Qui doit même prendre la responsabilité d´annuler un Magal en cas de questions de sureté nationale (Khalifs ou gouvernement) ? A-t-on une identité nationale ? Touba a-t-il un statut spécial ? etc. A défaut de pouvoir traiter toutes ces questions dans un même texte, l´accent de cette réflexion sera mis sur cette dernière question. Elle me semble important, car aujourd’hui Touba joue un rôle très spécial dans le cadre politique, économique, et même dans la reproduction d´une « culture et d´une identité mouride ».

Toutes ces personnes qui disent que le Magal Kazu rajab doit être annulé sont dans leur droit le plus absolu. Comme cela a été relaté un peu plus haut, tout rassemblement augmenterait le risque de contagion et de propagation du virus. En assistant à quelconques évènements, on n´expose pas seulement sa propre personne, mais aussi toutes les personnes avec qui on sera en contact après ces évènements. Ce problème devrait être alors une affaire d´Etat. Certains se disent alors que l´Etat doit agir et protéger la population d´une propagation du virus, mais la réalité est que l´autorité suprême à Touba, c´est le Khalif. Oui Touba a un statut spécial, d´ailleurs comme d´autres cités religieuses : l´exemple avec l´arrêt des travaux a Diamalaye en est une parfaite Illustration. Mais cela s´explique par plusieurs facteurs. D´abord notre système politique (appareils, lois, constitution...) ne reflète pas nos réalités sociaux-culturelles, donc il se pose un problème d´identification des populations avec ce système : Le système politique n´est pas en congruence avec la culture politique (mentalités, ressentiments…) des sénégalais. Mais aussi avec l´installation des tariqas au Sénégal, il est né une culture du « suivisme » (joxe sa bopp) entre « Sëriñ » et « Taalibe ». Les Tariqas sont devenus des modèles d´idée, de vision et de comportement. On note dés lors une identification flagrante des disciples avec leurs « tarikhas » respectifs. De ce fait, on trouvera des gens qui se réclameront d´une identité mouride ou Tiijaan, et ça se reflètera dans leur façon de parler, d´agir ou même de s´habiller, car ils s´identifient avec ces « modèles ». On le rappelle, sur le plan sociologique, l’État désigne un ensemble de personnes qui acceptent de s'imposer un ordre sous certaines conditions. Avec les tariqas on a alors des sortes de « petits Etats » dans un Etat. Ce qui pose alors non seulement le débat sur la question identitaire au Sénégal, mais aussi sur le pouvoir d´autorité. Au Sénégal on a pas une nation avec une identité homogène, mais plutôt une conglomèration de modèles. C‘est ce qui explique ces innombrables conflits d’idées entre tariqas.

Le travail qui doit être fait aujourd’hui c‘est de réfléchir à comment construire une identité homogène, de prendre le meilleur de toutes ces différences, mais surtout d’éviter des conflits.

 
 
 

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